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Textes fondateurs


842 - Les Serments de Strasbourg

Tels que rapportés par Nithard, petit-fils de Charlemagne et cousin de Charles II le Chauve et de Louis le Germanique.
Cumque Karolus hæc eadem verba romana lingua perorasset, Ludhovicus, quoniam major natu erat, prior hæc deinde se servaturum testatus est :
Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun
salvament, d'ist di in avant, in quant Deus
savir et podir me dunat, si salvarai eo
cist meon fradre Karlo et in aiudha
et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son
fradra salvar dift, in o quid il mi altre-
si fazet et ab Ludher nul plaid nunquam
prindrai qui, meon vol, cist meon fradre
Karle in damno sit.
Quod cum Ludhovicus explesset, Karolus teudisca lingua sic hec eadem verba testatus est :
[...]
Sacramentum autem, quod utrorumque populus, quique propria lingua, testatus est, romana lingua sic se habet :
Si Lodhu-
vigs sagrament que son fradre Karlo
jurat conservat, et Karlus, meos sendra,
de suo part non los tanit, si io returnar non
l'int pois, ne io ne neuls cui eo returnar
int pois, in nulla aiudha contra Lodhu-
vig nun li iv er.

ca 880 - La Cantilène de sainte Eulalie

Poème racontant le martyre de sainte Eulalie de Mérida.
Buona pulcella fut Eulalia.
Bel auret corps bellezour anima.
Voldrent la ueintre li deo inimi.
Voldrent la faire diaule servir
Elle nont eskoltet les mals conselliers.
Quelle deo raneiet chi maent sus en ciel.
Ne por or ned argent ne paramenz.
Por manatce regiel ne preiement,
Niule cose non la pouret omque pleier.
La polle sempre non amast lo deo menestier.
Et por o fut presentende maximiien.
Chi rex eret a cels dis soure pagiens.
Il li enortet dont lei nonque chielt.
Qued elle fuiet lo nom xristiien.
Ellent adunet lo suon element
Melz sostendreiet les empedementz.
Quelle perdesse sa uirginitet.
Por os suret morte a grand honestet.
Enz enl fou la getterent com arde tost.
Elle colpes non auret por o nos coist.
A czo nos uoldret concreidre li rex pagiens.
Ad une spede li roueret tolir lo chief.
La domnizelle celle kose non contredist.
Volt lo seule lazsier si ruouet krist.
In figure de colomb uolat a ciel.
Tuit oram que por nos degnet preier.
Qued auuisset de nos Xristus mercit
Post la mort et a lui nos laist uenir.
Par souue clementia.

1429 - Ditié de Jehanne d'Arc (Christine de Pizan)


Je,Christine, qui ay plouré
XI ans en abbaye close,
Où j’ay tousjours puis demouré
Que Charles (c’est estrange chose!),
Le filz du roy, se dire l’ose,
S’en fouy de Paris de tire,
Par la traïson là enclose,
Ore à prime me prens à rire;
 
A rire bonement de joie
Me prens pour le temps yvernage
Qui se depart, où je souloie
Me tenir tristement en cage.
Mais or changeray mon langage
De pleur en chant, quant recouvré
Ay bon temps
Bien ma part avoir enduré.
 
L’an mil CCCCXXIX
Reprint à luire li soleil.
Il ramene le bon temps neuf
Qu’on [n’] avoit veü de droit oil
Puis long temps, dont plusers en dueil
Orent vesqu; j’en suis de ceulx.
Mais plus de rien je ne me dueil,
Quant ores voy ce que [je] veulx.
 
Si est bien le vers retourné
De grant dueil en joie nouvelle
Depuis le temps qu’ay sejourné
Là où je suis, et la tresbelle
Saison, que printemps on appelle,
La Dieu mercy, qu’ay desirée,
Où toute rien se renouvelle,
S’est du sec au vert temps tirée.
 
...

Texte complet

1489 - Ballade des pendus (François Villon)


Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devoree et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie :
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
 
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutesfois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
 
La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz:
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
 
Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A luy n'avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.

1545 - Mignonne, allons voir si la rose (Pierre de Ronsard)

À Cassandre.
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée,
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.
 
Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las, las ses beautés laissé choir
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
 
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.